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PARIS : Hausse de l’investissement industriel et stag…

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PARIS : Hausse de l’investissement industriel et stagnation de la production manufacturière

Malgré une hausse des investissements dans l’industrie, la production manufacturière ne rebondit pas.

Les données et enquêtes concernant l’investissement industriel sont bien orientées. Pourtant, le volume de production manufacturière est toujours inférieur à ce qu’il était avant la crise sanitaire. Ce paradoxe peut s’expliquer par la baisse de la productivité du travail dans l’industrie, par les délais nécessaires à la traduction des investissements en hausse de production ou par le type d’investissements réalisés. La réindustrialisation est un processus de long terme qui nécessite de travailler sur les points faibles du pays, tels que le niveau de formation, la lourdeur administrative ou l’insuffisance de la recherche-développement.

1) Investissement dans l’industrie : des évolutions encourageantes

Les investissements des entreprises dans l’industrie sont dynamiques, ce qui indiquerait que la réindustrialisation de la France est en cours. Des données font état d’un nombre d’ouverture d’usines supérieur au nombre de fermetures 1, alors qu’au cours de la dernière
décennie les fermetures ont été supérieures aux ouvertures. De plus, la France semble plus attractive que ses voisins européens en ce qui concerne la localisation des investissements industriels étrangers 2. Enfin, les soldes d’opinions des industriels (écart entre le pourcentage de réponses « en hausse » et le pourcentage de réponses « en baisse ») indique une forte hausse des décisions d’investissement en 2021 et 2023.

2) Production manufacturière : les investissements donnent des résultats décevants

La production manufacturière française peine à rebondir. Au troisième trimestre 2023, la production manufacturière française était inférieure de -1 % à son niveau d’avant la crise sanitaire (T4 2019) et de -7 % par rapport à son pic du premier trimestre 2008. Hormis le rebond mécanique de 2021 et 2022 suite à l’effondrement de la production liée aux confinements, il ne s’observe pas actuellement de hausse notable de la production malgré la croissance des investissements dans l’industrie. Trois facteurs peuvent expliquer le paradoxe entre une hausse des investissements et un volume de production stagnant.
– La productivité du travail dans l’industrie est en baisse. La hausse de l’emploi manufacturier, tirée par les investissements dynamiques, est une « victoire à la Pyrrhus ». Le nombre d’emplois manufacturiers est certes reparti à la hausse, avec environ 100 000 créations
nettes d’emplois depuis un point bas atteint en 2017, à moins de 2,8 millions d’emplois manufacturiers. Cependant, depuis une vingtaine d’années, la France a perdu près d’un million d’emplois industriels. De plus, la productivité manufacturière, qui avait augmenté entre 2000 et 2019 (moins de 55 000 € de production manufacturière par salarié en 2000 contre 72 000 € par salarié en 2019, à euros constants 4) est repartie à la baisse depuis. Les raisons de cette contraction de la productivité font encore l’objet de débats (parmi les causes possibles figurent la hausse du nombre d’apprentis qui diminue le niveau d’expérience moyen des salariés ou les perturbations des chaînes de valeur pendant la crise sanitaire qui mettent du temps à se rétablir).
– Il peut exister un décalage temporel entre la réalisation des investissements et la hausse de la production manufacturière. Les investissements engagés peuvent prendre plusieurs années avant d’atteindre le maximum de leur capacité de production. Selon cette explication
optimiste, la production manufacturière est appelée à croître dans les prochaines années, une fois les investissements actuels arrivés à leur terme.
– Les nouveaux investissements ne se traduisent pas nécessairement par une extension des capacités de production. Les soldes d’opinions des industriels indiquent, en 2021 et 2022, une baisse sensible des investissements d’extension des capacités de production, une hausse des investissements de modernisation et une stabilité des investissements de remplacement. Il se peut que les investissements visant à accroître les capacités de production génèrent une hausse plus forte de la production que les investissements de modernisation. Le type d’investissements engagés par les entreprises en France pourrait ainsi expliquer que le volume de production n’augmente pas comme on pourrait s’y attendre.
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1 https://www.bfmtv.com/economie/entreprises/reindustrialisation-un-peu-plus-de-creations-d-usines-que-defermetures-en-france-au-1er-trimestre_AV-202304030084.html
2 https://www.ey.com/fr_fr/attractiveness/barometre-de-l-attractivite-de-la-france/barometre-de-l-attractivitede-la-france-2023
3 https://www.insee.fr/fr/statistiques/7456565

4 Calculs Asterès d’après Insee