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AIX EN PROVENCE : François de Canson : « En 2024, nous serons les artisans d’un tourisme mémoriel »
Sans vouloir assommer de chiffres ses interlocuteurs, François de Canson, vice-président de la Région Sud et président du CRT, a donné quelques repères sur cette année touristique 2023, à l’occasion de la première enquête clientèle menée en 2023.
Ainsi, du 1er janvier au 3 novembre, la fréquentation de cette année devrait être équivalente à celle de 2022 dans notre région. On note un cœur d’été en léger retrait, surtout pour le mois de juillet, notamment en raison de la baisse du nombre des Français mais cette baisse (de -6%) a été compensée par la clientèle internationale qui cette année a été en forte hausse (+11%) en juillet et en août et aussi cet automne grâce à la Coupe du Monde de Rugby.
CHIFFRE D’AFFAIRES EN HAUSSE
François de Canson est revenu sur les chiffres de la fréquentation : « Sur la période de la Coupe du Monde de Rugby, du 8 septembre au du 15 octobre, les nuitées françaises sont stables par rapport à l’année dernière mais les nuitées internationales progressent de +20 %. Si on doit analyser maintenant par type d’hébergement : A l’échelle de l’hôtellerie urbaine et des résidences hôtelières (MKG), de janvier à septembre, le taux d’occupation des hôtels des pôles urbains de la région est de 68% en légère hausse de 1 point par rapport à 2022. Les chiffres d’affaires sont en hausse de +8% sur la période janvier – septembre.
Pour les campings (FTO), d’avril à fin octobre 2023, sur l’ensemble de la saison, on comptabilise 16 millions de nuitées dans les campings de la région sud, en stabilité par rapport à 2022 (0%). 2022 était déjà une année de référence pour la fréquentation des campings de la région. En termes d’hébergement Locatif (plateforme Airdna), de janvier à fin octobre 2023, les nuitées dans les hébergements locatifs sont en progression de +17% par rapport à l’année dernière.
Sur le cœur d’été (juillet août), les nuitées ont progressé moins vite (+4%) alors que le dynamisme a été bien plus fort au mois de septembre (+25%) ».
CONTEXTE GEOPOLITIQUE
Pendant ce temps, le monde se polarise et connaît une accélération des mutations géopolitiques comme jamais il n’en a connu. L’ensemble des grands équilibres que nous connaissions depuis plusieurs décennies volent en éclats les uns après les autres. Et nous nous retrouvons pris dans une réalité internationale qui n’a jamais été aussi complexe car protéiforme et constituée de crises simultanées.
Sur la situation internationale, le président du CRT reprend : « Alors que le concept même de guerre froide semblait enterré et dédié aux livres d’histoire, la Russie se dresse en ennemi de l’Occident. Alors qu’Israël avançait dans un processus d’Abraham de normalisation avec le monde arabo-musulman, le Hamas sonne la fin de l’utopie. Etouffée par ces conflits majeurs ultra médiatisés, l’Arménie vit à bas bruit le plus grands des chaos qu’elle n’ait jamais connu, désormais amputée de la république du Haut Karabakh avec l’exode de plus de 100 000 personnes sans aucun espoir de retour, elle tremble pour son intégrité territoriale à venir face à des azéris qui ne s’arrêteront pas là ».
« Un dénominateur commun, des démocraties agressées. Nous assistons à un recours de plus en plus décomplexé à la force par des puissances toujours plus nombreuses ne cachant pas leur volonté de défaire un ordre international dont elles contestent la légitimité et vomissent – rejettent les valeurs essentiellement résumées dans le mot Liberté. Je ne rentrerai pas dans un débat de politique intérieure, mais prendrai simplement le temps d’évoquer ce que ça peut signifier pour nous acteurs du tourisme en France à l’aube de 2024″.
SECURITE
Le tourisme ne se développe que lorsqu’un sentiment de sécurité préexiste. La crise sanitaire l’a démontré, il en sera de même avec les événements actuels. Alors que la notion de paix s’étiole, chaque jour un peu plus, les zones de stabilité géopolitique seront favorisées à l’échelle internationale. De même, il pourrait y avoir une forme de repli des nationaux sur leur propre marché.
D’où l’analyse du président d’ADN Tourisme : « Certaines offres seront plus recherchées, avec une coexistence de 2 mouvements faussement contradictoires. Les fameux 3 R, c’est à dire retrouvailles, ressourcement et rupture. Les offres d’hyper réalité sincères, que certains appellent « tourisme de simulation », ces bulles touristiques sécurisées dès lors qu’elles sont authentiques et rassurantes ».
TOURISME MEMORIEL
Le Sud va être particulièrement concerné par le 80ème anniversaire du Débarquement et de la Libération.
« Nous serons les artisans d’un tourisme mémoriel où devront cohabiter touristes et pèlerins, où nous devrons concilier le sacré et le profane. Plus que jamais notre Provence, mais aussi la Côte d’Azur ou nos Alpes seront territoires de mémoire. Il faut relever le défi qui s’ouvre à nous de l’appropriation collective.
Terre de débarquement, France libre, Commandos d’Afrique, camp de Milles, autant de réalités qu’il va nous falloir mettre en musique dans le fracas d’une guerre qui se joue au présent », prévient François de Canson.
Il ajoute : « Pourquoi n’ai-je de cesse de me battre à l’échelle nationale pour un tourisme positif, porteur de valeurs de cohésion, de respect concomitant du développement économique des acteurs et du respect de l’environnement et des habitants qui l’accueillent ?
D’abord et avant tout parce que jamais les vents sociologiques ne nous ont été aussi contraires. Sans fondement réel, assaisonné d’idéologie là aussi décomplexée et souvent violente, nous vivons une nouvelle aire de « tourisme bashing ».
LUTTER CONTRE LE TOURISME BASHING
« Un événement international est organisé au J4 pour parler des enjeux de l’eau dans notre bassin méditerranéen, une dizaine de manifestants anti croisière se placent en comité d’accueil
On veut développer Nice Cote d’Azur en hiver, justement pour lisser la fréquentation à l’année sur la Côte d’Azur. 4 activistes viennent tracter car des touristes vont envahir la promenade des Anglais en janvier février. Le 3ème tronçon de la télécabine de la Grave est en cours de construction, des activistes des soulèvements de la Terre viennent faire un bivouac en altitude créant la plus haute ZAD du monde.
Aussi, à nous de travailler en priorité à l’acceptabilité, à l’éducation, à la gestion raisonnée des flux, aux mesures compensatoires, aux labellisations, à la mise en valeur de notre patrimoine…
Nous sommes la Région de France la plus puissante en termes d’accueil de touristes étrangers. Nous sommes territoire leader de la planification écologique, nous devons être exemplaires, novateurs, précurseurs. C’est à nous d’inventer le chemin, d’être pro-actifs, ne pas être dans la réaction mais anticiper.
Nous allons avoir un véritable cas d’école à relever. Aujourd’hui, est remis au CIO le dossier de candidature des Alpes françaises à l’accueil des Jeux Olympiques et paralympiques d’hiver de 2030. Le plus grand domaine skiable du monde se porte candidat pour accueillir la plus belle fête sportive.
Le 21 novembre, c’est le grand oral devant la commission des pays hôtes. Avec une réponse 10 jours après où nous saurons si nous rentrons dans la dernière phase de négociations appelée le dialogue ciblé. Seuls, à 2, à 3 ou pas du tout. La réponse à l’issue des JOP d’été.
Si je pouvais résumer cette candidature elle tiendrait en 2 mots : sobriété et héritage. En d’autres termes, des Jeux à taille humaine, non ubuesques comme Pékin mais des jeux neige et chalets.
Des Jeux basés sur de l’existant qui continueront la dynamique de sobriété financière. Plus de 30 milliards pour Sotchi et Pekin, 2,7 pour Milano-Cortina. Moins de 2 pour les nôtres.
Des territoires de montagne qui ne s’inventent pas une relation aux sports d’hiver, qui la vivent depuis leur naissance en 1907 dans la première station à Montgenèvre, qui ont déjà accueilli 3 olympiades à Chamonix (pour les plus anciens), à Grenoble et à Alberville.
Des territoires de montagne qui savent que leur économie repose pour moitié sur une économie du tourisme et des loisirs dont on doit accompagner les mutations sans pour autant discréditer le ski.
Une occasion à nulle autre pareille de connaître une accélération des infrastructures de transport, une occasion de décloisonnement sur le Marseille-Briançon, le Gap – Grenoble. Un boost pour les trois départements alpins.
15% de notre population régionale vit dans nos montagnes qui occupent 65% de notre territoire. Les Alpes du Sud sont un écrin rare, protégé par de nombreux parcs nationaux comme régionaux (les Ecrins, le Queyras, le Mercantour, le Ventoux et tant d’autres…), c’est dans cet esprit que nous avançons », conclut François de Canson.




