PARIS : Labeyrie, hautes ambitions bas carbone
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PARIS : Labeyrie, hautes ambitions bas carbone
Victimes et comptable des dérèglements climatiques, les entreprises agroalimentaires sont au cœur de la transition écologique.
Labeyrie Fine Foods la place au cœur de sa stratégie en mettant l’accent sur la réduction de son empreinte carbone. Entretien avec Gaëlle Ouari, directrice RSE, communication et stratégie de marques, Labeyrie Fine Foods.
Quels sont les risques climatiques pour la pérennité de l’activité de Labeyrie Fine Foods?
Gaëlle Ouari : La nature de nos métiers, secteur agricole et agroalimentaire, expose nos activités aux effets des changements climatiques. Le secteur alimentaire est une des causes des enjeux climatiques et une des premières victimes : modifications des conditions environnementales d’élevage, événements climatiques extrêmes affectant les cultures, raréfaction de matières premières essentielles à certaines filières, tensions sur les ressources en eau et en énergie… Les effets du changement climatique se matérialisent à tous les niveaux de nos activités. Il nous est indispensable de les étudier et d’anticiper les risques qui pèsent sur l’ensemble de nos chaînes de valeur, afin de nous adapter, d’améliorer notre résilience et de pérenniser nos activités.
Quelle est votre trajectoire carbone depuis l’Accord de Paris (2015) ?
G. O. : Nous avons défini une trajectoire de décarbonation alignée avec les Accords de Paris. Pour 2030, nous visons une réduction de 55 % de nos émissions des scopes 1 et 2 (principalement liées à nos consommations d’énergie) ainsi qu’une réduction de 22 % des émissions de CO2 par kg de produits fabriqués pour notre scope 3 (empreinte carbone de la production des matières premières, du transport des produits, de l’emballage, etc.) par rapport à notre année de référence 2019. Notre premier bilan carbone date de 2019 et nous avons réduit nos émissions de 5 % entre 2019 et 2021.
Quels aspects de votre chaîne de production et de commercialisation pèsent le plus dans votre empreinte carbone ?
G. O. : Nous avons réalisé un bilan carbone exhaustif de nos activités, que nous mettons à jour chaque année. Ce bilan nous a permis d’identifier les plus gros postes d’émissions : achats de matières premières (75 % ), transport (10 % ), énergie (9 % ), priorités de nos actions de réduction.
Nous opérons dans des filières diverses, stratégiques pour le saumon, la crevette, le canard et les produits végétaux. Les enjeux, la maturité des acteurs et les leviers de décarbonation de ces filières diffèrent et nécessitent une approche et une gestion spécifiques. Nous avons donc dans une feuille de route pour chacune.
Marge de progression majeure mais ardue dans l’amont agricole
Où la réduction est-elle la plus facile, et où les obstacles sont-ils les plus nombreux ?
G. O. : La réduction des émissions est plus facile dans notre périmètre direct, à savoir le fonctionnement de nos usines : émissions liées à nos consommations d’énergie notamment (source d’énergie utilisée, efficacité énergétique de nos procédés…). Il s’agit des scopes 1 et 2. Les leviers d’action sont moins aisés à activer dans le scope 3, pourtant le plus significatif, puisqu’il s’agit de nos émissions indirectes, notamment les émissions liées à la production des matières premières, chez nos fournisseurs.
Nos fournisseurs sont des acteurs majeurs de notre démarche. Ainsi dans notre filière saumon, grâce à des relations de long terme, nous avons mis en place une démarche de progrès intégrant les enjeux climatiques : accompagnement dans la mesure de l’empreinte carbone, contribution à des projets de décarbonation, échanges sur l’adaptation de la filière…
Disposez-vous de technologies de décarbonation propres au groupe pour vos quatorze sites industriels ?
G. O. : La décarbonation de nos sites repose sur l’électrification de nos procédés industriels pour sortir des énergies fossiles, fuel et gaz notamment, ainsi que sur le remplacement d’équipements utilisant des gaz frigorigènes au profit de centrales utilisant des fluides moins émissifs ou sur l’installation de pompes à chaleur. Les actions prévues devraient nous permettre d’avoir réduit de 22 000 tonnes de CO2 nos émissions en 2030. En septembre 2021, nos sites de Saint-Geours-de-Maremne et de Came ont été lauréats de l’appel à projet « Décarb Ind 2021 » [1] . Ce projet pluriannuel comprend trois centrales froid à l’ammoniac, deux centrales froid CO2 et trois pompes à chaleur : en juillet 2025, nous aurons supprimé la totalité des gaz frigorigènes et grâce aux pompes à chaleur réduit notre consommation de gaz de 45 % .


