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SAINT-TROPEZ : Sylvie Bourgeois Harel : « Soudain l’utilité…

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SAINT-TROPEZ : Sylvie Bourgeois Harel : « Soudain l’utilité d’écrire a disparu »

L’auteure tropézienne Sylvie Bourgeois Harel confie son récent blocage créatif face au génie de Maugham et le déclic qui l’a remise au travail.

Dans une chronique intime, l’écrivaine Sylvie Bourgeois Harel partage une expérience que connaissent bien des créateurs : le vertige face à l’œuvre d’un maître, au point de suspendre sa propre plume. Un sentiment puissant, né de la redécouverte de l’auteur britannique William Somerset Maugham, qui l’a momentanément détournée de son roman en cours, avant qu’une rencontre providentielle dans les eaux de Saint-Tropez ne la remette sur le chemin de l’écriture.

La fascination pour un maître

Lectrice insatiable depuis l’enfance, Sylvie Bourgeois Harel raconte une passion dévorante, capable de l’isoler du monde.

« J’étais ailleurs, heureuse, indépendante, avec mes personnages, me fichant totalement des éléments extérieurs à mon histoire », se souvient-elle.

Si l’écriture a quelque peu réduit le temps consacré à la lecture, la découverte d’un auteur d’exception peut encore tout bouleverser.

C’est ce qui s’est produit récemment. Sur les conseils de Michel Houellebecq, elle plonge dans Le fil du rasoir de William Somerset Maugham (1874-1965). Le choc est immédiat. Elle enchaîne avec L’envoûté, le recueil de nouvelles Madame la colonelle, puis s’attaque au chef-d’œuvre, Servitude humaine. L’admiration est si forte qu’elle en devient paralysante pour l’écrivaine qu’elle est.

« C’est tellement bien qu’il me devient alors difficile d’écrire. Je m’incline devant Maugham. Je lui laisse la place. […] Ce n’est pas que je me juge, ni que je me compare, mais soudain l’utilité d’écrire a disparu devant cette Servitude humaine », confie-t-elle.

Un sentiment qu’elle avait déjà éprouvé une décennie plus tôt à la lecture de La source vive d’Ayn Rand, un roman qui l’avait « mis KO en tant qu’écrivain ».

Un « coup de pouce tombé du ciel » à La Ponche

La solution à cette impasse créative est venue de la mer, et d’une fidèle lectrice. Alors qu’elle nageait au large de la Ponche, le quartier historique des pêcheurs de Saint-Tropez, une femme prénommée Florence l’aborde et la presse d’écrire un nouveau roman, lui disant son impatience de la lire. Pour Sylvie Bourgeois Harel, l’intervention est bien plus qu’un simple compliment.

« Non, j’ai pris sa demande comme une aide divine, un coup de pouce tombé du ciel dans la Méditerranée qui me disait : allez Sylvie, remets-toi au boulot, réorganise ta journée autour de ton écriture, tu liras aussi mais seulement le soir avant de t’endormir ».

Le retour au roman, entre crêpes et blés anciens

Le signal est reçu. De retour chez elle après une longue baignade, l’auteure se lance dans un rituel presque sacré, ancré dans son terroir. Elle prépare une pâte à crêpes avec des ingrédients locaux et choisis : des œufs d’un paysan de La Garde-Freinet, de la farine de blés anciens cultivée près de Saint-Rémy-de-Provence par un ami meunier, et du lait bio.

Ce geste simple, connecté à la terre, semble parachever le processus de reconnexion à sa propre créativité. L’épilogue de cette parenthèse littéraire se déroule à son bureau, dans son « grand fauteuil rouge ».

« Je me suis remise dans mon roman commencé en juin que j’avais lâchement abandonné pour m’abandonner justement dans les bras de Maugham… », conclut-elle.

Un témoignage touchant sur la perméabilité entre la vie de lecteur et celle d’auteur, et sur la manière dont une inspiration peut parfois en éclipser une autre, avant qu’un simple échange humain ne ravive la flamme de la création.

via Presse Agence.