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AVIGNON : « bang bang », la performance de Manuel Roque qui…

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AVIGNON : « bang bang », la performance de Manuel Roque qui fait du saut un acte politique

La Compagnie Manuel Roque présente « bang bang », une pièce chorégraphique où le saut, de la marelle à l’épreuve d’endurance, devient un geste radical.

Un geste anodin, universel, presque enfantin : sauter. C’est à partir de ce mouvement élémentaire que le chorégraphe Manuel Roque a construit sa dernière création, « bang bang », une performance intense qui interroge les limites du corps et la portée symbolique du mouvement. En transformant une simple action en une épreuve physique et métaphorique, la pièce explore les frontières où l’effort devient absurde, poétique et finalement éminemment politique.

De l’innocence du jeu à l’épreuve d’endurance

Le point de départ est celui de la cour de récréation : le jeu de marelle. Un souvenir collectif d’insouciance, de règles simples et de joie partagée. Mais très vite, la performance dépouille le saut de sa légèreté. La répétition inlassable, l’accélération du rythme et l’engagement total du corps transforment le jeu en une véritable épreuve athlétique. Le corps, poussé à ses extrêmes limites, devient le théâtre d’une lutte contre l’épuisement. La sueur, le souffle court, la fatigue visible ne sont pas dissimulés ; ils sont au contraire au cœur du propos, témoignant de la ténacité et de la résilience face à un défi apparemment dénué de sens. Le spectateur assiste à la métamorphose d’un danseur en athlète de l’absurde, engagé dans un marathon sur place.

Un manifeste en trois dimensions : absurde, poétique, politique

En persistant dans cet effort, le geste acquiert une profondeur inattendue. La compagnie décrit cette trajectoire comme une triple révélation.

« Continuer de sauter devient à la fois absurde, poétique, politique », résume la note d’intention du spectacle.

L’absurdité, d’abord, est celle d’un effort sisypheen, un acharnement sans but apparent qui renvoie à la condition humaine et à la quête de sens dans des actions répétitives. Ensuite, la poésie naît de cette lutte même. Dans la discipline du mouvement, dans la beauté d’un corps qui refuse d’abandonner, dans le rythme hypnotique des impacts au sol, une forme de grâce paradoxale émerge de l’épuisement.

Enfin, et c’est peut-être la lecture la plus puissante, le geste devient politique. Continuer à sauter quand tout incite à s’arrêter s’apparente à un acte de résistance. C’est refuser de céder, occuper l’espace, affirmer sa présence avec une énergie brute. Dans un monde qui exige d’avancer, de produire, de se mouvoir, le saut sur place peut être interprété comme une protestation immobile, un sursaut d’existence face à la pression. « bang bang » n’est pas seulement une performance physique ; c’est un manifeste sur la persévérance comme acte de défiance.

La pièce, proposée notamment à 13h20 dans le cadre de sa tournée, invite le public à une expérience viscérale et réflexive, où la puissance de l’endurance physique ouvre des portes sur de profondes interrogations sociales et existentielles.

Accueil | Cie Manuel Roque

via Presse Agence (rédigé à partir d’un communiqué de presse transmis à la rédaction).