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BRUXELLES : Andreas SIEBER (350.org) : « Une transition trop lente, trop limitée et qui oublie trop de pays »

Face au nouveau plan d’électrification de l’UE, l’ONG 350.org salue l’intention mais dénonce une ambition jugée insuffisante au regard des crises.

BRUXELLES – La Commission européenne a dévoilé ce vendredi son nouveau Plan d’Action pour l’Électrification, une stratégie visant à transformer en profondeur le paysage énergétique de l’Union. L’objectif affiché est de faire passer la part de l’électricité dans la consommation finale d’énergie de 23 %, un niveau stagnant depuis une décennie, à près du double, soit 46 % d’ici 2040. Cependant, pour l’organisation de la société civile 350.org, si l’initiative est bienvenue, elle manque cruellement d’ambition, de diplomatie et de moyens financiers pour répondre à l’urgence climatique et sécuritaire.

Un impératif de sécurité économique et nationale

Le changement de paradigme est notable : l’électrification n’est plus présentée uniquement comme un levier de la décarbonation, mais comme un enjeu majeur de sécurité économique et de souveraineté. Cette réorientation stratégique est une réponse directe à la crise des énergies fossiles, exacerbée par le conflit en Iran débuté en février 2026, et à la forte exposition du bloc aux marchés mondiaux. L’Union européenne importe actuellement plus de 80 % de son gaz naturel et plus de 90 % de son pétrole.

Dans ce contexte de forte volatilité, où des rapports récents comme celui de Greenpeace ont mis en lumière des surprofits de plus de 81 millions d’euros par jour pour les compagnies pétrolières au début de la crise, la Commission estime qu’atteindre la cible de 46 % pourrait réduire la facture d’importation d’énergies fossiles jusqu’à 260 milliards d’euros par an d’ici 2040.

350.org salue l’initiative mais pointe des lacunes majeures

Pour l’ONG 350.org, la convergence entre politique climatique et sécurité énergétique est le point de départ correct, mais la proposition actuelle reste en deçà des attentes. L’organisation critique un plan qui, en l’état, risquerait d’être « trop lent » et « trop limité ».

« La dynamique d’électrification de l’Europe est importante, mais le niveau d’ambition n’est toujours pas à la hauteur de ce qu’exigent les crises climatique et de sécurité énergétique », a déclaré Andreas Sieber, responsable des politiques chez 350.org.

« L’UE a maintenant besoin d’une stratégie beaucoup plus forte pour approfondir l’engagement diplomatique avec les économies émergentes, notamment la Chine, et pour mobiliser un soutien financier crédible pour les pays en développement. L’électrification doit, bien sûr, être alimentée par les énergies renouvelables plutôt que de verrouiller de nouvelles infrastructures fossiles. Sans une plus grande ambition, un rayonnement international sérieux et des financements à la hauteur du défi, l’Europe risque de poursuivre une transition trop lente, trop limitée et qui laisse trop de pays derrière elle », a-t-il ajouté.

La justice sociale au cœur de la transition

Un autre point de vigilance soulevé par 350.org concerne l’accessibilité de cette transition. L’organisation prévient que sans politiques volontaristes, des millions de citoyens pourraient être exclus, en particulier les communautés les plus vulnérables déjà frappées par la crise climatique et la volatilité des prix. Un défi de taille, alors que le rapport entre le prix de l’électricité et celui du gaz pour les consommateurs dans l’UE dépasse actuellement le seuil de 3,0, bien au-dessus des objectifs du bloc, freinant l’adoption de solutions comme les pompes à chaleur.

« L’énergie est un besoin fondamental. À mesure que l’Europe s’électrifie, l’énergie propre doit être abordable et accessible à tous, pas seulement à ceux qui peuvent payer. […] C’est le moment de construire un système énergétique plus juste, pas d’aggraver les inégalités existantes », a insisté Andreas Sieber.

Des réformes contradictoires du marché carbone ?

Enfin, 350.org exprime ses inquiétudes quant à des signaux jugés contradictoires. L’ONG pointe des réformes concomitantes qui affaibliraient le système d’échange de quotas d’émission de l’UE (ETS). Tandis que l’Union cherche à étendre le champ d’application sectoriel de l’ETS, elle ralentirait le rythme de la décarbonation et prolongerait les exemptions avec des permis gratuits pour certains secteurs industriels, comme la sidérurgie.

À propos de 350.org

350.org est un mouvement citoyen mondial qui œuvre pour mettre fin à l’ère des combustibles fossiles et construire un avenir énergétique juste et renouvelable pour tous. Sa campagne phare, « The Great Power Shift », vise à retirer le contrôle de l’énergie aux pollueurs fossiles, à réduire les factures énergétiques pour les familles et à exiger des taxes permanentes et accrues sur les géants des énergies fossiles. Les fonds ainsi collectés seraient réorientés vers les énergies renouvelables pour garantir une énergie propre et abordable pour tous.

via Presse Agence (rédigé à partir d’un communiqué de presse transmis à la rédaction).