MARSEILLE : Howard ZINN – L’envers de la Déclar…
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MARSEILLE : Howard ZINN – L’envers de la Déclaration d’indépendance américaine, 250 ans après
À l’occasion du 250ème anniversaire du 4 juillet 1776, l’analyse de l’historien Howard Zinn, relayée par les éditions Agone, éclaire les exclusions du rêve américain.
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Le 4 juillet 2026 marque le 250ème anniversaire de la Déclaration d’indépendance des États-Unis, un texte fondateur promettant le droit à la vie, à la liberté et à la poursuite du bonheur. Pourtant, à contre-courant des célébrations, l’œuvre de l’historien américain Howard Zinn, notamment son « Histoire populaire des États-Unis » publiée par les éditions Agone, offre une lecture critique de cet événement. Elle met en lumière les tensions et les exclusions qui se cachent derrière le mythe d’une nation unie dans un même élan de liberté.
Un rempart contre le peuple
Pour Howard Zinn, si la Déclaration a bien été un document révolutionnaire par ses promesses, elle fut également un instrument au service d’une élite. Les Pères fondateurs, riches propriétaires et marchands, étaient effrayés par les révoltes populaires qui agitaient les colonies, qu’il s’agisse de soulèvements d’esclaves ou d’émeutes de la faim. La nouvelle Constitution visait donc, selon l’historien, à établir un gouvernement central fort capable de maintenir l’ordre et de protéger les intérêts des classes dominantes.
« La Constitution a été élaborée à l’ombre des révoltes populaires […] Effrayés, les Pères fondateurs ont voulu instaurer un gouvernement fédéral fort avec une armée capable de contrôler la situation, de mater les révoltes », analyse Howard Zinn.
Loin de consacrer une démocratie pleine et entière, le système mis en place aurait ainsi filtré les revendications populaires pour préserver le pouvoir des plus fortunés.
Thomas Paine, le révolutionnaire ambigu
Le pamphlet « Le Sens commun » de Thomas Paine, paru début 1776, a joué un rôle crucial en popularisant l’idée d’indépendance. Issu des classes populaires, Paine semblait incarner les aspirations démocratiques les plus pures, prônant une chambre unique où le peuple serait directement représenté. Cette vision a cependant alarmé une partie de l’élite patriote, à l’image de John Adams, futur président, qui redoutait un projet « trop démocratique ».
« [Ce projet est] si démocratique, si dénué de garde-fous ou de la moindre garantie d’équilibre ou de contre-pouvoir, qu’il doit inévitablement produire la confusion et les pires effets qui soient », écrivait alors John Adams.
Par la suite, Thomas Paine lui-même a tempéré son radicalisme. Il s’est associé à de riches financiers et a soutenu la création d’un gouvernement centralisé, adhérant au mythe d’une révolution servant un « intérêt commun » indistinct, un mythe éloquemment formulé par la Déclaration rédigée par Thomas Jefferson.
Les grands oubliés de l’égalité
L’analyse de Zinn insiste sur un point fondamental : la célèbre formule « tous les hommes naissent égaux » était loin d’être universelle. Trois groupes en étaient manifestement exclus : les Amérindiens, dont les terres étaient convoitées, les esclaves noirs, considérés comme des biens, et les femmes, politiquement invisibles et privées de droits civiques. La prétendue communion d’intérêts sur laquelle se fondait la nouvelle nation reposait en réalité sur une profonde ségrégation.
Le « 4 Juillet », une ironie tragique
Cette hypocrisie a été dénoncée avec une force saisissante par l’ancien esclave et militant abolitionniste Frederick Douglass. Lors d’un discours prononcé le 4 juillet 1852, soit 76 ans après l’Indépendance, il a livré un réquisitoire implacable contre la célébration de la fête nationale dans une Amérique esclavagiste.
« Que peut bien signifier pour l’esclave américain votre “4 Juillet” ? Pour moi, cette date souligne, plus encore que les autres jours de l’année, l’effroyable injustice et la terrible cruauté dont il est la victime permanente. Pour l’esclave, cette commémoration est une honte ; votre liberté fanfaronne, une liesse impie ; votre grandeur nationale, une vanité boursouflée », a-t-il lancé à son auditoire.
« Il n’est pas de nation au monde qui se rende plus coupable de pratiques plus choquantes et plus sanguinaires que le peuple des États-Unis à l’heure même où je parle. […] En termes de barbarie révoltante et d’hypocrisie éhontée l’Amérique est décidément sans rivale. »
Cette relecture historique, portée par l’œuvre de Howard Zinn, invite à une commémoration plus complexe du 4 juillet, rappelant que la lutte pour que les promesses de 1776 s’appliquent réellement à tous les citoyens a constitué, et constitue encore, une part essentielle de l’histoire des États-Unis.
Pour approfondir cette analyse, l’ouvrage de référence « Histoire populaire des États-Unis. De 1492 à nos jours » est publié en France par les éditions Agone (https://www.agone.org/). La pensée de l’historien est également au cœur du film documentaire « Howard Zinn, une histoire populaire américaine » d’Olivier Azam et Daniel Mermet.
via Presse Agence (rédigé à partir d’un communiqué de presse transmis à la rédaction).
