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PARIS : TotalEnergies face aux députés : « Ce n’est pas nou…

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PARIS : TotalEnergies face aux députés : « Ce n’est pas nous qui avons déclaré la guerre »

Auditionné à l’Assemblée nationale, le PDG de TotalEnergies a défendu sa fiscalité face à une confrontation perçue comme un procès idéologique.

L’audition de Patrick Pouyanné, PDG de TotalEnergies, devant la commission des Finances de l’Assemblée nationale a pris des allures de cours magistral d’économie, révélant une profonde divergence entre la vision du chef d’entreprise et celle de certains élus sur la nature du profit et de l’impôt. Pendant plus de deux heures, le dirigeant a dû déconstruire les accusations d’évasion fiscale et justifier la stratégie d’un des plus grands groupes énergétiques mondiaux.

Une pédagogie économique face aux soupçons

Face à des questions insistantes sur la faible imposition du groupe en France, Patrick Pouyanné a rappelé des principes fondamentaux de la fiscalité internationale. Il a ainsi expliqué que les bénéfices sont imposés dans les pays où ils sont générés, principalement là où les activités d’extraction de pétrole et de gaz ont lieu. Ces pays producteurs prélèvent la majeure partie des taxes, bien avant que les bénéfices ne soient consolidés.

Le PDG a également souligné que les conventions fiscales internationales, signées par la France, visent précisément à empêcher une double imposition des mêmes profits. Il a précisé qu’une entreprise pouvait s’acquitter de peu d’impôt sur les sociétés dans l’Hexagone tout en y versant des milliards d’euros via d’autres taxes et prélèvements.

Des chiffres de fiscalité records

Pour étayer son propos, Patrick Pouyanné a présenté des chiffres concrets. En 2025, TotalEnergies s’est acquitté de près de 19 milliards d’euros d’impôts et de taxes sur la production à l’échelle mondiale, correspondant à un taux d’imposition effectif de plus de 40 %. En 2022, année marquée par la flambée des cours, ce montant avait atteint 35 milliards d’euros, pour un taux dépassant les 50 %.

Le dirigeant a par ailleurs mis en lumière un paradoxe : si son groupe cherchait une optimisation fiscale agressive, il aurait tout intérêt à rapatrier davantage de ses profits en France, où le taux de l’impôt sur les sociétés est de 25 %, un niveau bien inférieur à celui de nombreuses juridictions productrices. Un argument visant à démontrer que le soupçon d’évasion fiscale ne reposait sur aucune logique économique.

« Superprofits » et responsabilité géopolitique

Interpellé par le député Éric Coquerel sur la question des « superprofits » et la nécessité de « nouveaux efforts », Patrick Pouyanné a recadré le débat en rappelant l’origine de la crise énergétique. Il a insisté sur le fait que l’envolée des prix n’était pas le fait de son entreprise, mais la conséquence de crises géopolitiques majeures.

« Ce n’est pas nous qui avons déclaré la guerre », a-t-il lancé.

Cette réplique a mis en évidence la tension entre une analyse économique des marchés et une lecture politique des profits, souvent considérés en France comme une anomalie morale plutôt que comme la rémunération d’un risque industriel.

Actionnariat et politiques ESG en question

La discussion a également porté sur la baisse de l’actionnariat français au capital de TotalEnergies. Patrick Pouyanné a expliqué que cette tendance était une conséquence directe des politiques ESG (Environnementaux, Sociaux et de Gouvernance) promues au niveau européen. En décourageant l’investissement dans les énergies fossiles, ces régulations ont poussé les investisseurs institutionnels européens à se désengager, au profit d’investisseurs, notamment américains, moins contraints par ces critères.

Cette audition a finalement mis en exergue un malaise plus large du débat public français : une méfiance structurelle envers les entreprises qui réussissent. En concluant, l’analyse qui ressort de cet échange est que les bénéfices des grands groupes sont indispensables au financement des services publics et du modèle social, un lien que cette confrontation a semblé parfois occulter au profit d’une posture accusatoire.

Bernard BERTUCCO VAN DAMME via Presse Agence.