PARIS : La tokenisation des terres agricoles, nouvelle étap…
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PARIS : La tokenisation des terres agricoles, nouvelle étape dans la financiarisation du foncier ?
Une exploitation agricole fractionnée en milliers de jetons numériques, acquis et revendus en quelques clics sur un marché mondial.
L’image peut paraître incongrue, tant la terre a longtemps été tenue pour le facteur de production le moins mobile qui soit.
Pour autant l’appropriation de terres lointaines par des acteurs étrangers n’a, en soi, rien de nouveau :
Les colonisations du XIXe siècle en furent une forme. Le phénomène a toutefois pris une dimension nouvelle après la crise de 2007, sa financiarisation a participé à faire du foncier agricole une marchandise pour le capital, un actif pouvant être acquis à distance, mis en portefeuille et dont la vocation est d’être fructifiée comme un placement classique[1]. La tokenisation prolonge cette mutation à l’extrême[2].
Pour la finance dans son ensemble, le phénomène de la tokenisation n’a rien d’anecdotique. Au printemps 2026, le marché des actifs réels tokenisés a franchi le seuil des 33 milliards de dollars de valeur. En croissance de plusieurs centaines de pourcents en un peu plus d’un an, le marché est porté par des acteurs aussi centraux que BlackRock ou Franklin Templeton[3]. L’emballement concerne d’abord les bons du Trésor, le crédit privé et l’or, le foncier agricole n’en représente qu’une frange marginale et embryonnaire. Ce caractère émergent est justement ce qui motive cette note, en ce que ce sujet se construit aujourd’hui assez largement hors du regard des pouvoirs publics ou des analystes agricoles. La gestion du foncier est pourtant un sujet éminemment (géo)politique, et ses implications touchent à la souveraineté[4].
La tokenisation des terres agricoles constitue en réalité une nouvelle phase de la financiarisation du foncier, un phénomène donc plutôt ancien, dont elle prolonge les logiques (captation de rente, dissociation entre propriété et exploitation, éloignement des centres de décision) tout en les déplaçant sous une forme fractionnaire, plus liquide et difficilement traçable. La tokenisation questionne ce qui semble être, aujourd’hui, un angle mort de la souveraineté : les dispositifs européens et français de contrôle foncier, conçus pour détecter des acquisitions directes et identifiables, risquent d’être aveugles à une influence économique agrégée par petites touches numériques. Première étape d’un travail appelé à se prolonger, cette note pose les jalons d’une cartographie du phénomène qui reste, à ce jour, à construire.
SOURCE : Agriculture Stratégies – Newsletter n°70.
